Cet été, le gouvernement français a annoncé un durcissement de l’importation des trophées de chasse. Une mesure à faible impact économique pour l’État, mais dont les répercussions pourraient être considérables pour la faune et les communautés rurales en Afrique.
Plutôt que de céder aux idées reçues (ou à la démagogie), cette décision donne l’occasion de remettre en perspective ce qu’est réellement la chasse aux trophées : son rôle, ses mécanismes et ses bénéfices.
Pour comprendre ce sujet complexe, il faut comparer deux modèles africains opposés :
- le Kenya, qui a interdit la chasse en 1977,
- la Namibie, qui a décidé de baser son économie sur la gestion communautaire de la faune et sur une chasse éthique (le modèle des conservancies).
Deux exemples avec deux résultats différents, qui je l’espère vous permettront de comprendre que : les certitudes naissent souvent de l’emportement, mais la vérité, elle, habite les zones grises que l’on hésite à explorer.
Je vous rassure tout de suite, cet article sera évidemment sourcé et vous pourrez suivre les liens vers toutes les références utilisées en bas de ce document.
Comment fonctionne la chasse aux trophées ?
« Dans une société civilisée, le chasseur est le principal défenseur de la faune. C’est lui qui finance sa protection, qui protège ses habitats et qui exige que les ressources naturelles soient gérées de manière durable. » - Théodore Roosevelt
La chasse responsable s’inscrit dans cet état d’esprit : quand on aime on protège. On fait en sorte d’agir pour faire perdurer les écosystèmes et les ressources nécessaires à cette activité. Cet engagement, nous le prenons d’abord pour nous même, chasseurs désireux de vivre pleinement notre passion, mais aussi (et surtout) pour les générations futures, pour ces moments de partage et de convivialité et pour la préservation des espèces. Nous devons être les garants temporaires de ce patrimoine et nous nous devons de le transmettre intact (ou amélioré) à ceux qui suivront. C’est une vérité qui est aussi valable pour la France qu’elle l’est en Afrique.
C’est encore plus vrai pour la chasse aux trophées ! Pour répondre à ces critères, on recherche un mâle à l’apogée de sa vie : un animal qui a déjà transmis ses gènes, participé au renouvellement des populations, et qui, chez certaines espèces, a été déhardé ou remplacé dans la hiérarchie par des individus plus jeunes et plus vigoureux.
En d’autres termes, on prélève un animal en fin de cycle reproductif, dont le départ n’affecte ni la dynamique de la population, ni la structure sociale du groupe.
Ainsi, lorsque la sélection est rigoureuse et fondée sur la biologie de l’espèce, le prélèvement n’a aucun impact négatif sur la population chassée (bien au contraire).
Pour les non chasseurs, il pourrait être naturel de céder à l’émotion, “tuer c’est mal”, “on a pas le droit de chasser un si bel animal”, “la chasse est cruelle”. Mais cette perception occulte l’essentiel : la mort fait partie de la vie, et si la chasse implique la mort, elle ne se résume jamais à cela. La chasse est un acte bien plus vaste : une aventure à vivre, un moment hors du temps entre l’Homme et la nature. Même si elle implique la fin d’une vie, l’ambivalence des sentiments que l’on peut ressentir entre plaisir de la chasse (approche, efforts, échec, réussite) et peine sincère éprouvée à la mort d’un animal (sans entrer en contradiction) sont intimement lié.
Le philosophe espagnol José Ortega y Gasset, dans ses célèbres Méditations sur la chasse (1942), exprimait exactement l'idée de préservation par l'amour de la nature :
« On ne chasse pas pour tuer ; au contraire, on tue pour avoir chassé. La chasse est la forme la plus intime et la plus authentique de communion entre l'homme et la nature sauvage. » - José Ortega y Gasset
De plus, comme nous le verrons dans cet article à travers l’exemple de la Namibie et de son modèle de conservancies, la chasse participe directement à la protection de la faune grâce aux retombées économiques générées par ce système. Certains pays, comme le Cameroun, obtiennent des résultats comparables avec leur modèle fondé sur les amodiations, qui impose à l’amodiataire une gestion solide et durable du territoire. Ce sujet mériterait un développement à part entière, mais il ne constitue pas l’objet de ce document.
Il faut rappeler que la faune est bien sûr protégée dans les parcs nationaux, mais il est nécessaire d’établir immédiatement un constat : les parcs nationaux ne représentent en moyenne que ~8 % du territoire des pays africains (voir tableau ci‑dessous).
Autrement dit, la majorité des espaces où vit la faune sauvage se situe en dehors des parcs nationaux, dans des zones où la conservation dépend directement des modèles économiques locaux (dont la chasse durable fait partie).
(Données issues de BIOPAMA / Protected Planet, interprétées pour ne compter que les parcs nationaux [comprendre hors réserves cynégétiques, conservancies etc...)
- Afrique du Sud → ~3,3 % (Kruger = 19 485 km², Addo, Karoo, Table Mountain, etc.)
- Namibie → ~8–10 % (Etosha = 22 270 km², Namib-Naukluft = 49 768 km²)
- Botswana → ~10–12 % (Chobe, Nxai Pan, Makgadikgadi)
- Tanzanie → ~10–12 % (Serengeti, Ruaha, Katavi, Nyerere)
- Zambie → ~15–20 % (South Luangwa, Kafue, Lower Zambezi)
- Gabon → ~10 % (13 parcs nationaux créés en 2002)
Les revenus issus de la chasse permettent de mettre en place une politique de protection de la faune : les animaux acquièrent une valeur économique et deviennent une source de richesse pour les communautés. Une partie de ces revenus finance directement les écogardes pour la surveillance du territoire et la lutte contre le braconnage. La gestion cynégétique, complétée par le tourisme, assure le financement des infrastructures, soutient les programmes de conservation et crée de l’emploi local (skinners, pisteurs, taxidermistes etc..)
Notes : La surface totale protégée (en incluant les réserves de faune, zones de chasse et zones de conservation communautaires) atteint par exemple ~38 % au Botswana et ~40 % en Namibie. Les chiffres ci-dessus ne tiennent comptent que des parcs nationaux.
Interdiction de la chasse au Kenya 1977
En 1977, le Kenya a fait le choix d'interdire totalement la chasse sportive sur son territoire (Wildlife Conservation and Management Act, 1976/1977). Présentée à l'époque comme une mesure de protection, cette décision a pourtant coïncidé avec un déclin de la faune sauvage en dehors des parcs nationaux. Faute de gestion active et d'incitations économiques pour les communautés, les habitats des espèces se sont dégradés : l'embroussaillement (bush encroachment) et le surpâturage ont étouffé les prairies ouvertes indispensables à leur survie.
Comme ce fut le cas pour l’Hirola (Hirola Conservation Programme, 2020). Privé de son milieu naturel, l'hirola a vu sa population s'effondrer. Aujourd'hui, il ne reste que moins de 500 individus à l'état sauvage (UICN, 2016) [note : dernier recensement UICN en 2016, probablement encore moins en 2026].
Précision : La perte d'habitat (embroussaillement du Bush due à la disparition de la megafaune comme les éléphants qui ouvraient le milieu) est bien documentée, mais la compétition avec le bétail domestique et la prédation accrue sont également des facteurs clés.
Historique
À la fin des années 1970, face au braconnage de l'ivoire et des cornes de rhinocéros, le gouvernement kényan décrète un moratoire général sur la chasse. Plusieurs motivations sous-tendaient ce choix :
- La lutte contre le braconnage de masse mené par des réseaux criminels structurés.
- Les pressions internationales et l'influence grandissante d'une vision occidentale de la protection animale.
- La volonté politique de rompre avec l'image coloniale des white hunters.
Si l'intention initiale était louable, les conséquences à long terme ont été désastreuses pour de nombreuses zones rurales : disparition des revenus liés à la gestion cynégétique, manque de budgets pour la surveillance du territoire et perte de valeur de la faune sauvage aux yeux des habitants (Norton-Griffiths, 2007).
Conséquences
Selon une étude majeure de l'Université de Wageningen (Ogutu et al., 2016), le Kenya a perdu environ 68 % de sa faune sauvage entre 1977 et 2016.
Les facteurs de cet échec :
- Un conflit homme-faune accentué : Sans valeur économique locale, les animaux sauvages sont vus comme une menace ou une compétition pour le bétail.
- La conversion des terres : Les prairies sauvages sont progressivement clôturées et transformées en terres agricoles ou de pâturage intensif, détruisant les habitats.
- Le manque de moyens sur le terrain : Le modèle repose sur les subventions de l'État et des ONG, souvent insuffisantes pour couvrir d'immenses territoires non protégés.
Quelques chiffres pour illustrer

Graphiques de l’article : Ogutu, J. O., Piepho, H. P., Said, M. Y., Ojwang, G. O., Njino, L. W., Kifugo, S. C., & Wargute, P. W. (2016). Extreme wildlife declines and loss in Kenya’s rangelands. PLOS ONE, 11(9), e0163249.




Quelques citations issues de nos sources
Selon « Extreme wildlife declines and loss in Kenya’s rangelands. PLOS ONE, 11(9), e0163249 »
« La croissance rapide de la population humaine entraîne un déclin de la population d’animaux sauvages en Afrique en raison de son influence sur l’expansion de l’agriculture, des établissements humains et le développement des infrastructures. La détérioration des habitats de la faune et du bétail causée par d’importants changements d’utilisation et de couverture des terres est exacerbée par le changement et la variabilité climatiques, qui exercent d’énormes pressions sur le pastoralisme, l’élevage et la conservation de la faune dans les pâturages et les zones protégées africaines »
« Les pâturages couvrent environ 512 586,8 km2, représentant 88 % des 582 646 km2 surface terrestre du Kenya »
« Plus de 70 % des réserves fauniques et des parcs protégés se trouvent dans les pâturages. En outre, la plupart (environ 65–70 %) des populations nationales d’animaux sauvages terrestres se trouvent dans les pâturages modifiés par l’homme en dehors des zones protégées »
« Les caractéristiques les plus marquantes de ces tendances ont été une augmentation frappante du nombre de moutons, de chèvres et de chameaux et un déclin extrême simultané du nombre de 14 des 18 espèces sauvages communes dans les pâturages du Kenya entre 1977 et 2016 »
« En moyenne, le nombre d'animaux sauvages a diminué de 48,7 % entre 1977–1980 et 1994–1997, contre 68,1 % entre 1977–1980 et 2011–2016, (…) À l’exception des buffles et des éléphants, le nombre de toutes les espèces sauvages avait diminué beaucoup plus sévèrement en 2011–2016 par rapport à 1994–1997. Le bétail a montré la tendance inverse, le nombre de toutes les espèces d'élevage augmentant nettement entre 1994–1997 et 2011–2016, à l'exception des bovins dont le nombre a continué de diminuer »
Selon How many wildebeest do you need? World Economics :
« Bien que cela semble soutenir la position du biologiste de la conservation, il est désormais clair que les changements rapides autour de la réserve du Maasai Mara au Kenya affectent la migration et influenceront inévitablement la taille de la population. Ces changements correspondent à une transition d’un système principalement pastoral sous tenure communautaire — où la faune peut coexister dans les interstices — vers un système agro‑pastoral ou agricole sous tenure privée, où la coexistence avec la faune devient beaucoup plus difficile. Si ces transformations se poursuivent pleinement, on peut s’attendre à une réduction de 20 à 30 % du nombre de gnous. »
« Le déclin catastrophique de la faune sauvage au Kenya —environ 60 % au cours des 30 dernières années— a finalement incité le gouvernement à revoir sa politique en matière de faune sauvage. Mais ce qui aurait dû être une discussion sobre sur les défaillances du marché, les défaillances institutionnelles, les défaillances politiques et les défaillances de conservation a été détourné par le lobby international du bien-être animal et dégénéré en une dispute stérile sur la réintroduction de l’utilisation consommatrice et de la chasse sportive. La loi sur la faune sauvage qui en résulte, en s’adressant au lobby de l’aide sociale, supprime toutes les incitations restantes pour les communautés et les propriétaires fonciers à conserver la faune sur leurs terres. »
Namibie : la chasse durable
« Si nous ne prenons pas soin de nos ressources naturelles et si nous n'impliquons pas les communautés locales dans leur gestion, nous condamnerons à la fois notre faune et nos populations. » - Nelson Mandela

Après son indépendance, la Namibie a promulgué le Nature Conservation Amendment Act (1996), conférant aux communautés locales le droit de gestion de la faune sauvage à travers les conservancies (réserves communautaires).
Ce modèle repose sur des principes vertueux :
- Impliquer les populations : Lorsque la faune génère des retombées directes (viande, emplois, équipements collectifs), elle devient un capital à protéger.
- Financer la gestion du territoire : Les revenus de la chasse sélective financent le recrutement de garde-chasses (game guards), la lutte anti-braconnage et l'indemnisation des dégâts causés aux cultures ou au bétail.
Résultat : Les populations d'animaux sauvages (éléphants, rhinocéros noirs, lions, antilopes) ont augmenté de façon spectaculaire en Namibie sur les 30 dernières années, y compris hors des parcs nationaux (NACSO, 2022).
Quelques chiffres :
L'interdiction de la chasse commerciale dans les zones protégées et la rétrocession de la gestion aux conservancies locales ont permis aux grands mammifères de se multiplier et de réintégrer des territoires d'où ils avaient disparu.
- Éléphants : De ~7 000 individus dans les années 1990 à plus de 26 000 aujourd'hui, soit une augmentation de près de 270 %.
- Rhinocéros noirs : La Namibie héberge désormais la plus grande population de rhinocéros noirs en liberté au monde hors parcs nationaux (la population du Nord-Ouest a plus que doublé entre 1995 et 2018).
L'impact le plus marquant du modèle namibien réside dans l'essor du gibier de plaine en dehors des réserves.
Les données ci-dessous sont tirées des inventaires annuels du NACSO (Namibian Association of CBNRM Support Organisations) :
« La Namibie possède la plus grande population de rhinocéros noirs en liberté au monde.
- Entre le début de l’année 1990 et la fin de l’année 2023, la conservation communautaire a contribué à environ 15,468 milliards de dollars namibiens au revenu national net de la Namibie.
- En 2023, la conservation communautaire a permis de créer ou maintenir 2 340 emplois.
- 56 conservancies ont accueilli 93 entreprises basées sur l’exploitation durable des ressources naturelles.
- Les résidents des conservancies ont gagné un revenu total de 90 525 478 N$ provenant des salaires versés par ces entreprises, dont :
- 57 744 805 N$ issus du tourisme en partenariat (joint‑venture tourism),
- 30 798 243 N$ provenant des conservancies elles‑mêmes,
- 1 982 430 N$ provenant de la chasse de conservation.
- Les résidents des conservancies ont reçu 90 116 kg de viande de gibier provenant de la chasse.
- En 2023, les conservancies ont généré 166 855 933 N$ en revenus directs et en avantages en nature pour les communautés rurales, dont :
- 48 986 405 N$ issus de la chasse de conservation, avec une valeur de viande de 2 433 132 N$,
- 111 167 250 N$ issus du tourisme,
- 1 194 835 N$ issus des produits végétaux indigènes,
- 3 074 311 N$ provenant de revenus divers (dont les intérêts). »

Notes : L'impact des cycles climatiques (2017–2025) : La baisse observée sur certains comptages depuis 2017 ne s'explique pas par le braconnage ou la surchasse, mais par un cycle de sécheresse prolongé (11 ans) qui a touché l'Afrique australe. Ce phénomène confirme l'analyse des écologues : les quotas de chasse sont réajustés chaque année en fonction des précipitations et de la capacité de charge du milieu naturel.
Conclusion
La comparaison entre ces deux systèmes démontrent une réalité que l’on ne peut ignorer. La conservation de la faune et de la flore n’est possible que si les communautés locales sont impliquées en donnant une valeur tangible à celle-ci. C’est possible bien entendu avec le tourisme, dès lors qu’il est mené de manière éthique, mais loin d’être suffisant (ce type de tourisme se limitant très souvent aux parcs nationaux). Il est dès lors indispensable de trouver des sources de revenus complémentaires à ce secteur et la chasse en fait partie. Ce constat n’est pas idéologique et vous trouverez toutes nos références en bas de cet article.
De plus, comme vous avez pu le voir tout au long de ce document, l’interdiction de la chasse au Kenya n’a pas protégé les animaux comme on aurait pu l’espérer. Elle a entrainé la disparition des revenus liés à cette activité (salaires des skinners, pisteurs, femme de ménage), la dégradation des habitats naturels des espèces (ex : en favorisant la reconversion des populations vers l’agriculture), et l’effondrement des moyens de lutte contre le braconnage).
À l’inverse en Afrique australe, le modèle impliquant les communautés démontre qu’une chasse éthique, sélective, scientifique (car basé sur l’observation réelle du terrain et de l’état des populations [cf : UICN]) peut devenir un moteur de conservation extraordinairement efficace. Les chiffres parlent d’eux mêmes, les espèces observent une croissance positive dans ces pays, y compris en dehors des parcs nationaux.
C’est pourquoi, face aux débats passionnés et aux décisions politiques souvent déconnectées du terrain, il est essentiel de rappeler que la protection de la nature ne peut fonctionner que si elle bénéficie aussi aux hommes qui vivent avec elle. La Namibie et d’autres pays l’ont prouvé. Et si nous voulons réellement préserver la faune africaine, il est temps d’écouter ceux qui la côtoient chaque jour, guides, chasseurs et surtout les populations locales de ces pays.
Sources et références scientifiques
- IUCN Red List (2016). Beatragus hunteri (Hirola). Extinction risk assessment and population trends.
- Ogutu, J. O., Piepho, H. P., Said, M. Y., Ojwang, G. O., Njino, L. W., Kifugo, S. C., & Wargute, P. W. (2016). Extreme wildlife declines and loss in Kenya’s rangelands. PLOS ONE, 11(9), e0163249.
- Norton-Griffiths, M. (2007). How many wildebeest do you need? World Economics, 8(2), 41-64. (Analyse des coûts économiques de l'interdiction de la chasse au Kenya).
- NACSO - Namibian Association of CBNRM Support Organisations (2022). The state of community conservation in Namibia. Annual Report.
- Hirola Conservation Programme (2020). Grassland restoration and habitat management for the critically endangered Hirola in Kenya.
- Di Minin, E., et al. (2016). Banning trophy hunting imports will not solve the biodiversity crisis. Trends in Ecology & Evolution, 31(4), 258-261.
- Dickman, A., et al. (2019). Trophy hunting bans imperil biodiversity. Science, 365(6456), 874-874. (Une lettre ouverte signée par plus de 130 scientifiques dans Science expliquant qu'interdire les importations de trophées menace la faune africaine).

Article écrit par Frédéric SIEBERT
Administrateur & rédacteur


